Entrée en matière

Ce qui sort de mes pièces coule tel de l’eau et envahit l’espace tel un son. Cette fluidité, présente dans mes réalisations, symbolise les émotions. Ces dernières, remplissent, débordent, dégoulinent ou s’échappent de mes formes anthropomorphiques.

Je représente l’humain à travers ses comportements et ses émotions par des têtes sans corps et des bustes sans têtes d’où s’écoulent des matières vivantes, organiques, presque animales. Ou encore de formes aux lignes douces comme des montagnes érodées par le temps.

La céramique me permet de créer le répertoire de formes et les effets que je recherche. Je n’hésite pas, par ailleurs, à la faire cohabiter avec d’autres matériaux.
Laine, caoutchouc, manchons pour tuyaux, éponge, bois… Scruter, sentir et y voir tout à coup, un fluide, des bras, des pattes, une oreille ou encore une langue…ou autre chose.
Associer différents matériaux implique des gestes, des comportements. De la patience de la pose de la laine à l’urgence du nœud de caoutchouc, il faut parfois s’adapter, parfois combattre. Ces actions et matériaux parlent de l’humain. Ils interrogent sur notre condition humaine, notre rapport à l’autre, sur le temps et à l’espace dans lequel nous sommes.

Le langage a une place importante dans mon travail. Il représente un va et vient constant, entre pensée et élocution, intérieur et extérieur.

Mes dessins peuvent être œuvre ou outil. De dessins en dessins, l’intention s’affirme afin d’assurer mes gestes pour le modelage de la terre crue.

Je construis mes formes à la plaque, une épaisseur de peau que je modèle entre mes doigts. De l’intérieur je corrige, j’agis, modifiant ainsi l’extérieur de la croûte qui sera donnée à être vue.

Dans mes titres j’utilise des expressions, et des jeux de mots. Ils me permettent avec humour d’évoquer des sujets plus ou moins graves.

La sculpture est un arrêt sur image, elle fixe l’instant. Le temps est figé dans la matière ; l’imaginaire peut alors se mettre en mouvement.

Sandrine Bringard